La vie psychique de l’enfant : définitions et enjeux

2                                  La vie psychique de L’enfant : Définitions  et Enjeux

La Psychologie de l’enfant ? C’est  l’étude de l’enfant comme être spécifique, de la naissance à l’adolescence, portant sur ses caractéristiques physiologiques et affectives, ainsi que sur ses facultés cognitives, linguistiques et perceptives.

La définition de l’enfant, vient d’ »infans », « celui qui n’a pas la parole ». Il n’y a pas si longtemps dans l’histoire, l’enfant était « celui dont la parole n’est pas prise en compte ».

L’enfant n’est pas un adulte miniature ni une une entité isolée. La compréhension de la psychologie de l’enfant dépend de la place de l’enfant dans une société. Ça n’est que très récemment que le bébé est appréhendé comme une personne à part entière, pour faire une allusion à une émission tv très célèbre.

Une des problématiques essentielles qui traverse la comprehension de la vie enfantine est la question de l’inné et de l’acquis qui a souvent été l’occasion de débats passionnés, de querelles diverses. Mon propos est basé sur la conception suivante :

L’enfant est un être en construction. La psychologie de l’enfant s’intéresse à la manière dont un enfant se construit, les étapes par lesquelles il passe, les crises qu’il peut être amené à vivre. Comment son psychisme fonctionne, à partir d’un corps qui change, qui a ses besoins et ses pulsions, et dans un registre relationnel  de plus en plus complexe, de la famille en passant par l’école, ses pairs et le monde extérieur.

Donc, d’un côté un équipement génétique et des potentialités somatiques (positives ou négatives), de l’autre un environnement humain culturellement déterminé, et une famille signifiante et singulière. La rencontre de ces 2 éléments vont contribuer, lentement et par étapes à la construction psychique d’un individu unique.

Les conceptions sur la croissance humaine sont nombreuses et déterminent notre manière de penser l’humain, son devenir et le rôle de la société. Quelques questions pour nous guider ; est il déterminé à la naissance ou procède t il d’une évolution ? Cette évolution est elle naturelle ou nécessite t elle une éducation. Si oui de quelle éducation s’agit il ? Parler ? Sévir ?

Ces questions sont actuelles et font débat : Par exemple, récement existe-il une tendance « innée » à la délinquance qu’on pourrait repérer dès l’enfance. On devine le risque et les enjeux socio politiques qu’une telle appproche révèlent!

Comment grandit-on ? Nous pouvons repérer 3 conceptions :

1/ Tout ou presque est joué dès le départ : le tout génétique. Chaque individu vient au monde avec un capital cérébral qui le voue à une destinée. Délinquant sexuel, malade mental porteraient en germe leur risque d e devenir cela. Dans ce contexte, il convient de dépister au plus tôt, de les traiter afin d’enrayer leur mauvais penchant. Il s’agit souvent de violence délinquante ou mentale, d’autres irrémédiablement autres qui font peur, avec lesquels il n’y a pas la moindre correspondre, ni empathie. Seul traitement au fond : les contraindre, les isoler…Conséquence, lorsque quelqu’un d’entre nous présente un symptôme qui dérange, alors on devient anormal…

2/ici, pas de capital déterminant d’emblée, du moins pas aussi radicalement  mais le développement est présenté comme naturel, c’est-à-dire, une croissance programmée, autant physique que psychique. «  Ne vous inquiétez pas, cela s’arrangera en grandissant »disent certains professionnels. C’est un moyen ou les parents sont en quelque sorte délestés de leur rôle éducatif. L e rôle de des parents et de l’éducatif est aussi minimisé avec une conséquence qui peut être néfaste,  ce qui peut être va vous surprendre. En effet, selon cette conception du développement naturel, à quoi peuvent servir les parents : apporter leur de l’affection. Aimer-les, cela résoudra tout !! Le reste,  la nature s’en charge.

3/une troisième tendance accordent une place importante à l’éducation. 2 sous courants se dégage :

un 1° s’organise autour de 3 notions clés : hiérarchie, ordre et frustration. L’enfant est ici un jouisseur, avide de plaisir. Il veut tout de suite et se montre prêt à tout pour y parvenir. Inapte à la vie sociale, il faut une autorité parentale inflexible et hiérarchique pour le contraindre à accepter. L’obéissance est une acceptation de la frustration.

un 2°, basée sur l’influence de Dolto et d e Winnicott, repose sur une éducation humanisante. L’enfant, petit, vit pour son bon plaisir. Il manifeste en permanence l’envie de ne faire que ce qu’il veut, quand il veut, sans tenir compte des règles, ni des autres. Il est donc, inapte au départ à la vie avec les autres.

C’est le temps de l’égocentrisme.  Le jeune enfant est habité par le pulsionnel, des poussées internes qui le conduisent à des actes qui peuvent être violents ; ici dominent principe de plaisir et sentiment aigu de sa toute puissance (il est le centre du monde).

Il faut que les parents l’éduquent, Il y a nécessité de poser des limites, sans lui permettre de les contester indéfiniment, donc sans fléchir. La loi s’impose à tous  (violence), elle permet de lutter contre l’insécurité psychologique et l’angoisse générée par la toute puissance réalisée chez l’enfant( plus de bornes= danger)

Ce devoir d’éducation des parents, ce n’est pas simplement pour l’adapter à la vie sociale, mais pour qu’il puisse  s’y développer etexprimer tout son potentiel dans une dimension civilisée. Car l’enfant ne nait pas civilisé. Sans adulte l’éduquant, il ne peut le devenir. Pour l’éduquer, de la parole et…des actes qui incarnent cette parole. Expliquer l’interdit par exemple, mais aussi lui imposer,  lui faire respecter et sanctionner si besoin. Parler et agir.

L’éducation de l’enfant, une alliance avec les parents.

La notion de stade de développement : certains décrivent le développement de l’enfant par stades successifs, de manière immuable et nécessaire, d’autres les critiquent. Il parait utile de décrire des stades, car ça correspond à une réalité clinique et ce sont des repères ; mais il ne faut pas sous estimer la variabilité et la fluidité du développement individuel et ne pas enfermer une personnalité dans tel schéma. La construction se fait par étapes, se succédant l’une à l’autre.

A chaque étape, une problématique particulière, avec à chaque fois, le corps de l’enfant en question et aussi la relation à l’adulte de référence. Chaque étape génère une avancée intellectuelle, est marquées par un type de satisfaction différent. Pour passer d’une étape à une autre, il y a un renoncement,  une castration à traverser. les parents ont un rôle nécessaire de même que l’enfant.

Notons dès maintenant un fait majeur anthropologique : l’immaturité du bébé, de l’enfant. Il y a donc un processus long de maturation physique et psychique. Cette immaturité explique l’importance de l’environnement et du social. En effet, elle place l’enfant dans une situation de  dépendance (maximum au départ n, relative ensuite) déterminante. Cet état de dépendance prolongée joue un rôle fondamental dans, le développement affectif de l’être humain.

Les parents supports de la construction psychique de leur enfant. Grandir, ce n’est pas simplement devenir une grande personne, qui déploie ses potentialités (penser, parler, apprendre, éprouver des émotions, nouer des relations, aimer ) mais aussi un être capable d’accepter les lois humaines et de s’y soumettre pour vivre en harmonie avec lui et les autres. Le rôle et la fonction des parents dépendent de la manière dont on pense le développement d’un individu, à partir de sa conception et sa naissance.

Castration symbolique =  séparation, renoncement, autonomie.

 Cette construction est ponctuée par un certain nombre de renoncements et de séparation. Les psychanalystes utilisent le terme de castration symbolique: c’est-à-dire littéralement, l’enfant se coupe de quelque chose pour acquérir autre chose ; Ce sont des épreuves où l’enfant doit lâcher, pour l’inconnu, le plaisir qu’il connaissait et auquel il tenait… C’est aussi un renoncement pour la mère ( le père un peu moins) qui doit se priver d’un plaisir à tel âge de son enfant qu’elle éprouvait aussi. Accepter qu’il grandisse, qu’il se sépare d’elle chaque jour un peu plus…Un des renoncements essentiels à acquérir : On peut tout penser, tout dire, mais pas tout faire.

Ces renoncements sont aussi la clef de son accès à son intelligence. Renoncer à l’apaisement brutal et immédiat des tensions pulsionnelles laisse une place pour la pensée, pour un temps d’attente et de réflexion. Ça n’est accessible que pour un enfant élevé par des parents, capables de lui mettre des limites.

Plus précisément, une castration selon Dolto, est avant  tout une limite définitive imposée par ses parents à l’enfant, un point de non retour, qui lui barre l’accès à un plaisir auquel il avait accès avant. Donc c’est la rencontre d’une problématique issue du corps chez l’enfant et d’une réponse chez l’entourage.

. L’être humain est un être de langage. Le langage n’est pas un outil comme un autre, qu’il s’agirait d’acquérir, comme la marche, l’écriture, le vélo… Tout être humain donne du sens à ce qu’il vit, à ce qu’il fait, grâce à la fonction symbolique du langage.

Grâce au langage, l’homme est capable de symboliser. Le mot évoque la chose, l’action…Ce langage est là même avant sa maitrise même par l’enfant, dès la grossesse et il permet de participer à la communauté humaine. Cet environnement verbal est décisif pour l’enfant jusqu’à 7 ans, âge auquel il a acquis pleinement la fonction symbolique.

Parler, c’est aussi arriver à se situer dans le temps. Chaque mot porte en lui la trace d’une expérience passée « je vais chercher le biberon… ». Ainsi quand je parle au présent, je me situe toujours par rapport à une expérience passée.

Parler c’est aussi se différencier de l’autre. D’ailleurs le langage est un élément essentiel qui permet à l’enfant les séparations avec la mère et son entourage.

Les psychanalystes, tout comme les psychologues et les pédagogues, insistent sur son importance. Ainsi,- si un enfant ne sait pas qu’un autre peut aussi ressentir ce qu’il ressent, son expérience reste lettre morte, il ne peut rien en faire.

-si ce que l’enfant exprime ne rencontre pas d’écho chez l’autre ( silence ou désaveu), il ne sent pas soutenu dans son élan, dans son envie d’exister et il sent seul.

.Le psychisme se réorganise sans cesse, intégrant ou tentant de le faire différentes parties. C’est particulièrement patent durant l’enfance et l’adolescence mais aussi durant tout le reste de son existence. Voir on le comprend d’autant mieux avec la prépondérance de l’ imaginaire qui peu à peu va s’articuler aux processus cognitifs.

La construction psychique d’un être humain se fait sur le modèle archéologique :- un plan recouvre plus ou moins partiellement un autre plan sans le faire disparaitre, et même l’intègre à sa nouvelle architecture.- il peut arriver qu’un plan souterrain puisse émerger…si le plan supérieur vient à s’effondrer ou à se fragiliser.

. S’il est mis en présence  de notions, de complexes qu’il n’est pas capable de traiter au moment où l’interaction a lieu, l’enfant y reste imperméable ou bien il la traite avec ses possibilités actuelles, souvent très imaginaires. {D’ailleurs ceci est une loi du fonctionnement humain ; si vous êtes confrontés à une situation où le facteur émotionnel est très présent, vous aurez du mal à la traiter autrement que sur ce plan avec tous les enjeux imaginaires et fantasmatiques que cela peut solliciter. Et à l’inverse, certains d’entres nous ne supportant pas cette sorte de régression affective que cela nécessite, vont rester de manière systématique sur ce plan désaffectivé, intellectualisant la situation.}

Problème à prendre au sérieux ou simple régression ? De nombreux petits problèmes et symptômes psychologiques de l’enfance sont de simples régressions, c’est-à-dire traduisent un mode de fonctionnement psychologique de « petit ». Ils précèdent souvent des moments de progrès ou surviennent lors de moments un peu « difficiles »(naissance, maladie, séparation…).

 

José Polard : Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste

Jouars Pontchartrain, Villiers Saint Frédéric, Neauphle