Faits divers et lapsus

Si le lapsus est comme on a coutume de le dire “révélateur” d’une conflictualité psychique, le fait divers dans un registre différent ne l’est pas moins puisqu’il est souvent  emblématique et révèle des tensions latentes privées et publiques au sein des familles mais aussi de divers groupes sociaux.(1)
Quand on lit la chronique des faits divers dans un magazine ou un journal, on s’aperçoit souvent avec horreur qu’il se passe des choses insoupçonnables près de chez nous, à deux pas d’ici comme on a coutume de dire. La rubrique des  chiens écrasés en dit souvent plus long que le simple fait, même si la lecture entre les lignes se trouve reléguée au second plan. Certes, on y apprend la triste et banale litanie des incivilités diverses, des conflits très intenses de voisinage, des harcèlements au sein d’une entreprise dans des conditions qui dépassent parfois l’entendement  mais surtout, ce qui est l’objet de notre étude, des histoires d’excès et d’abus dans les familles, qui évoluent doucement mais parfois sûrement vers un profond malaise voire  un drame.  Au-delà du sensationnel, le fait divers se présente parfois comme « divertissant » pour une certaine presse populaire avide de sensations. La singularité de ce qui l’a suscité est de ce fait difficile à saisir. C’est l’autre côté du mur, du jardin, d’une frontière qui nous rappelle que quelque chose s’est produit et que quelqu’un en a tracé ici ou là une limite, a fermé une porte ou qu’un « tyran » a sécurisé un périmètre en régulant abusivement la circulation des hommes et des biens.(1)
Le fait divers dit quelque chose de nous, sous un mode irruptif, en révélant les folies privées des autres, pas si éloignées des notres, prudemment mises à distance.
On a là un ressort majeur de l’effet de fascination que certains faits divers produisent en nous, une sorte de miroir inversé, étrange et inquiétant.

 

(1) voir »vieillir en huis clos », José Polard et Patrick Linx, Erès