Conformisme + soumission = acceptation du huis clos

La maltraitance dans l’entreprise se situe donc à l’interface des sphères privée et publique et à ce titre, elle concerne non seulement la vie psychique des individus qu’ils soient agresseurs ou agressés mais aussi le système d’organisation du travail dans son ensemble.
Le profil de l’individu pervers souvent impliqué dans les maltraitances au travail se signale classiquement par sa capacité de séduction sur les membres d’une équipe qu’il rassemble autour de lui.Toute personne qui tenterait d’échapper à son emprise se trouve exclus du groupe, en devient le mauvais objet et le bouc émissaire. Une sorte de solidarité de mauvais aloi s’organise pour renforcer son exclusion.
Le groupe se retrouve assez vite sous influence, perdant du même coup son sens critique et ses capacités à réagir.
 
L’expérience de Stanley Milgram psychosociologue américain qui a été réactualisée récemment sous forme d’un jeu télévisé trés controversé montre à partir d’une expérience conduite entre 1950 et 1963 jusqu’où peuvent mener les phénomènes de soumission.
Selon cette expérience conduite en laboratoire, il est demandé à une personne d’exécuter une série d’actions qui vont entrer en conflit avec sa conscience.
La question est de savoir jusqu’où elle ira dans l’obéissance aux ordres de l’expérimentateur avant d’être en capacité de refuser.
Stanley Milgram en vient à déduire de cette expérience que des gens ordinaires, sans intention hostile particulière s’avèrent capables de devenir les agents d’un terrible processus de destruction.
 
Ce constat est repris dans l’ouvrage de Christophe Dejours: « souffrance en France » qui parle de banalisation sociale du mal en s’appuyant sur la thèse d’Hanna Arendt. On mesure un peu mieux à partir d’une telle expérience jusqu’où pourrait aller un individu selon son degré de perversité s’il en vient à détourner à son profit et pour sa jouissance personnelle la docilité de ceux qu’il tient sous son emprise.
On en arrive donc à se demander si certaines formes de violence ou de comportements agressifs à l’origine de la souffrance au travail ne renverraient pas à une sorte de soumission que les victimes subissent en silence pendant un temps plus ou moins long, faute de moyens pour réagir, se trouvant prises au piège d’un type d’organisation humaine où prévalent de plus en plus la dépendance et l’abus de pouvoir.
 
Autant de situations qui favorisent l’installation de zones de non droit de l’individu, lieux de souffrance avec des formes souterraines de pressions organisées en huis clos que seul la survenue d’un évènement dramatique est susceptible de révéler et d’ouvrir.
Le travail peut donc être à l’origine de toute une série de souffrances allant des fameuses cadences infernales jusqu’aux contraintes sociales de domination, d’injustice,de mépris , d’humiliation,de persécutions qui proviennent de la hiérarchie ou qui se manifestent au sein des équipes et des services.

 

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