Pas de harcèlement professionnel durable sans huis clos.

Qui n’a pas en mémoire cette série de suicides chez France Télécom ?
Si l’on prête une oreille attentive à ces dysfonctionnements, on reconnait alors certains invariants d’un fonctionnement en huis clos.
Un mot fait florès pour traduire ces rapports de force à la logique dangereusement radicale : le harcèlement professionnel  qui se situe au croisement de plusieurs domaines: médical, social, judiciaire, du monde du travail, et de  la politique. Nous décrypterons les logiques profondes qui sous-tendent ce type d’organisation humaine du travail, au service d’une productivité toujours croissante comme valeur essentielle.
Le fameux placard, doré ou non, en est une figure redoutable et destructrice.

 

   Le harcèlement est définie comme un abus de pouvoir multiforme qui consiste à soumettre sans répit l’autre à de petites attaques incessantes, à de petits assauts réitérés . L’idée de tourmenter, d’importuner, de ne pas lâcher prise, de maintenir une emprise sur l’autre traduit bien la réalité de ces abus de pouvoir qui se manifestent sur certains lieux de travail par des comportements, des actes, des paroles blessantes,des écrits calomnieux pour ne citer que les plus fréquents. Évoluant en sourdine, ils portent atteinte doucement mais sûrement à la dignité ou à l’intégrité physique et morale d’une personne et mettant ainsi en péril à plus ou moins long terme la place et la fonction qu’elle occupe dans l’entreprise.
Le harcèlement au travail ne date pas d’aujourd’hui et si sa dénonciation a fait grand bruit ces derniers temps c’est qu’il a été identifié comme un phénomène destructeur dans les domaines économique et social sans parler de ses conséquences sur le plan humain.
On peut en effet mesurer ses effets délétères tant sur les relations humaines que sur la productivité. Les diverses perturbations que le harcèlement engendre sont multiples au premier rang desquels on trouve un absentéisme fréquent révélateur d’un mal être individuel et collectif avec des phénomènes de décompensation psychique qui pousse les victimes au suicide.
 
Les types de harcèlement
 
Il existe au sein de tout groupe social une tendance au nivellement  qui sous couvert de rituels tels que les « bizutages » ou « baptêmes » des nouveaux arrivés consiste à annuler les différences individuelles au profit du groupe qui  va se renforcer pour tenter de former une unité et une entité.
Il s’agit là d’un aspect non négligeable de la formation de groupe qui peut servir de camouflage à certains mauvais traitements et qui rend difficile leurs dénonciations
Freud avait déjà repéré que les individualités disparaissaient dans la foule en s’identifiant à la fois à la horde et à son chef.
Le nivellement peut favoriser un certain nombre de situations de HC par le simple fait qu’il établit plus ou moins arbitrairement des règles corporatistes et en exclue certaines personnes à cause de leur sens critique, de leur personnalité ou de leur particularité que celle ci soit religieuse, ethnique ou sociale.
Dés lors que quelqu’un est marginalisé, il peut être l’objet de harcèlements sans susciter de réactions dans l’entourage professionnel immédiat. De nombreuses entreprises se révèlent incapables de faire respecter les lois collectives élémentaires du travail pas plus qu’elles n’assurent la protection des droits individuels.
Dés lors, la porte est grande ouverte à bon nombre d’abus qui se mettent en place progressivement, en sourdine parfois et même si tout le monde le sait, jamais personne n’en parle.
Le harcèlement peut avoir des origines multiples, être suscité par un sentiment d’envie ou de jalousie à l’égard de quelqu’un qui possède une chose que les autres n’ont pas (diplomes, privilège de la beauté, qualités humaines…)
Les agressions entre collègues peuvent provenir d’inimitiés personnelles d’ordre privé ou s’originer d’une compétitivité en vue d’une promotion individuelle qu’on voudrait voir reconnaitre par tous.
Si les causes de maltraitance sur le lieu de travail sont diverses, les méthodes et les procédés les plus couramment utilisés  restent la disqualification de l’autre, l’isolement, les brimades ou le harcèlement sexuel. Avec toujours une organisation en huis clos.

 

2010

Pour aller plus loin, voir « vieillir en huis clos », José Polard et Patrick Linx