L’enfer, c’est les autres. Vraiment?

Qui ne connait cette fameuse phrase de Jean Paul Sartre, extraite de sa pièce « Huis clos »[1] : « L’enfer, c’est les autres ». Phrase souvent incomprise qui soulignerait l’impossible relation, dès lors que nous serions avec les autres. Il nous semble intéressant de rappeler ce qu’en disait Sartre lui-même :
« L’enfer, c’est les autres » a toujours été mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’étaient toujours des rapports infernaux. Or, c’est autre chose que je veux dire. »
« Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut-être que l’enfer.
Nous demandons au lecteur de garder ces mots en tête « rapports avec autrui(…) tordus, viciés ».
Sartre poursuit :
« Pourquoi ? Parce que les autres sont au fond ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons de ces connaissances que les autres ont déjà sur nous. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donnés de nous juger.
Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui. Et alors en effet je suis en enfer.
Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres. Ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous. »
L’enfer, par définition et par structure, c’est éternel ; cela traduit très bien cette temporalité suspendue des situations du huis clos, à l’intérieur desquelles on retrouve toujours ces rapports humains « viciés, tordus », pervertis pourrions-nous ajouter.
« Deuxième chose que je voudrais dire, c’est que ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnages que vous entendrez dans Huis clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes vivants et qu’ils sont morts. Bien entendu, ici » morts » symbolise quelque chose. »
 
Pour Sartre, cela veut dire que « ces gens-là sont comme morts ».
Subjectivement.
Un document rare: https://www.youtube.com/watch?v=k4O_OcTFfMc
Pour nous, »tordus et viciés » traduisent sur un plan littéraire, ce que nous observons cliniquement, à savoir des individus qui évoluent dans un espace pas simplement privé, mais privatif…de droit, de subjectivité. [2] 
 
[1]Huis clos »J.P. Sartre, Gallimard, 2000, Paris

[2] »Vieillir en huis clos » J.Polard, P.Linx, Erès, 2014, Toulouse.

 

José Polard : Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste

Jouars Pontchartrain, Villiers Saint Frédéric, Neauphle