la retraite, au risque du huis clos

L’entrée en retraite est une période sensible de réorganisation de l’existence avec des remaniements importants sur le plan psychique. Selon l’Institut National Démographique(INED) le nombre des divorces des couples de plus de 60 ans a doublé depuis 1985 ; Ces séparations reflètent la difficulté et les problèmes que peuvent représenter le passage à la retraite.
La mise à la retraite peut être également source de  conflits intenses au sein du couple qui peuvent évoluer au sein d’un huis clos aménagé en espace privatif. Les tensions peuvent alors s’installer à l’abri de l’entourage et être à l’origine de diverses  violences conjugales.
La violence faite aux femmes( surtout) et aux hommes dans le couple corrobore cet aspect.
 
Le couple âgé ne fait pas exception à la règle, tant qu’il conserve une dimension fusionnelle, donc d’étayage primaire, son fonctionnement n’est pas altéré. Mais la violence se déchaine et les témoignages des femmes âgées maltraitées sont formels, quand un enfant s’en va ou quand surgit un rival, un tiers ou un intrus mais aussi lorsqu’au moment du retrait social et professionnel, on se retrouve face à face. On saisit alors mieux la logique de ce déchaînement de violence, quand on prend en compte la question de la fragilité narcissique. Que celle-ci provienne d’une rupture de vie, d’une maladie, d’une altération. La relation à l’autre se met souvent au service du narcissisme défaillant. Le conjoint n’est plus qu’un faire-valoir ou un espace de projection.
 
Bien souvent les deux membres du couple ne partent pas à la retraite simultanément. Il est alors possible que le premier parti en retraite se réjouisse tellement de voir son conjoint le rejoindre enfin, qu’il réclame sa présence quasi permanente à ses côtés.
Un des deux conjoints peut se sentir étouffé, envahi par l’autre et avoir peur de perdre son autonomie et sa liberté. À l’inverse l’omniprésence du nouveau retraité dans la vie du couple peut être vécue comme envahissante par le conjoint déjà à la retraite. De manière fréquente et classique, la retraite impose au quotidien une cohabitation que l’activité professionnelle réduisait ou évitait. Cette promiscuité ne va pas de soi ; la notion de territoire devient essentielle !
 
Le travail serait-il aussi un moyen de ne pas affronter l’autre, le conjoint ?
Comme par ailleurs, avançant en âge, ces retraités sont confrontés à des décompensations psychiques et physiques qui se multiplient, il est très fréquent qu’insidieusement s’installe, en même temps qu’un retrait social, un repli matériel et psychique, signes avant-coureurs d’un  huis clos.
Le départ à la retraite pousse au réaménagement de la vie domestique. Les tâches sont modifiées et différemment réparties au sein du foyer. Il peut en résulter un véritable problème de « guerre des territoires ». Ceci est d’autant plus vrai pour les femmes au foyer qui fréquemment montrent quelques réticences à laisser leur époux investir un domicile où elles s’occupaient de tout. Elles peuvent trouver que leur conjoint est toujours « dans leurs jambes » ou qu’il se mêle trop de l’organisation de la maison.
L’arrêt de la vie professionnelle peut être une période de grande vulnérabilité psychologique qui confronte le sujet vieillissant à la rupture d’un lien social essentiel parfois routinier certes, mais néanmoins très investi. Un sentiment de vacuité et d’inutilité peut s’installer très vite et annoncer une forme de repli dépressif de type réactionnel. Ce repli peut s’accentuer et évoluer vers un huis clos dont la fonction défensive et plus précisément anti dépresseur sera le levier.
 
D’autre part, pour la majeure partie des couples à la retraite, l’espace domestique redevient un lieu de négociations, qu’il s’agisse de tâches ménagères ou de prérogatives diverses. Celles-ci aboutissent la plupart du temps à des compromis mais peuvent également déboucher sur des rapports de force qui tournent parfois au conflit. Les tensions peuvent alors s’installer et évoluer à l’insu de l’entourage et être à l’origine de diverses  violences conjugales.
 
Au moment du retrait social et professionnel on se retrouve face à face. La réduction ou l’absence de vie sociale et professionnelle avec toutes les compensations et les bénéfices que l’une et l’autre peuvent offrir  ne permet plus d’évacuer les conflits vers l’extérieur. On saisit alors mieux la logique de certains phénomènes de tension, voire de violence conjugale, quand on prend en compte la question de la fragilité narcissique du sujet qui avance en âge. La relation à l’autre se met souvent au service du narcissisme défaillant. L’autre n’est plus qu’un faire-valoir, un espace de projection… avec des risques de débordement de violence.

 

Pour aller plus loin, voir « vieillir en huis clos », José Polard, Patrick Linx, Erès