Menaçant Alzheimer

Une véritable onde de choc(s) « effracte[1] » profondément une famille quand un de ses membres se trouve confronté à la maladie d’Alzheimer.
L’homéostasie familiale est durablement mise en tension. L’entourage sera alors, de plus en plus sollicité, pour contenir, soutenir, étayer etc. afin de maintenir des possibilités de vie «suffisamment correctes ».
Voici alors le temps des aidants, avec ses remaniements et la réorganisation du réseau familial, autour d’un de ses membres en situation de dépendance profonde. Le temps des aidants qualifie cette orientation politique et sanitaire, qui faute de réponse thérapeutique satisfaisante, s’appuie sur le ressort profond des solidarités familiales, lesquelles mettent à jour par là-même, leurs complexités, leur ambivalence et les conflits psychiques inconscients qui les nouent.
Pour le patient dément, la question de rester sujet ou pas, de devenir l’objet de l’autre va se poser à maintes reprises, redéfinissant ainsi, parfois radicalement, pour ses proches et pour lui-même, son rôle et sa fonction dans la dynamique familiale. Sa parole a-t-elle encore un poids et un effet d’inscription dans une généalogie symbolique ? Lui est-il possible de proposer encore des choix de vie, au risque d’une certaine insécurité ? Voilà quelques questions, sources de nombreux conflits intrafamiliaux.
 
C’est un tremblement de terre qui surgit, traverse le sol familial et déstabilise le socle commun, quand peu à peu ou brutalement se révèle une démence d’Alzheimer. La détresse psychique qui envahit ce parent, ses comportements étranges puis étrangers suscitent compassion et/ou répulsion. Cette notion de séisme traduit par sa violence, son imprévisibilité, le saisissement qui s’empare du malade puis de sa famille. Bref sa dimension de réel. Les signifiants « démence », « Alzheimer » lorsqu’ils sont prononcés, pensés, occultent, éclipsent, phagocytent très rapidement toute autre signification. Le poids des représentations, tellement négatives et disqualifiantes de la démence, bien souvent sature la relation d’une personne démente avec son environnement et parasite toute rencontre, tous les échanges.
 
 

Pour aller plus loin, voir « Vieillir en huis clos », José Polard, Patrick66 Linx, Erès