Vieillesse et le risque sectaire

Le dernier rapport de la MIVILUDES[1], 2011/2012, remis au premier ministre en début 2013, « insiste sur la vigilance nécessaire envers les personnes âgées, fragilisées par l’isolement, le deuil, la maladie, la perte de repères, l’altération des capacités physiques et intellectuelles qui sont des victimes idéales des mouvements sectaires, pas autant comme cibles à recruter que comme sources potentielles de revenus et de capitaux.
Il n’existe aucune étude spécifique sur l’action des mouvements sectaires auprès des personnes âgées. Aucun chiffre n’est donc disponible.
De même, les condamnations pour abus de faiblesse ne permettent pas, selon les statistiques délivrées par le ministère de la Justice, d’identifier les situations dans lesquelles les personnes âgées ont été les victimes principales.
 
Les difficultés qui ont pour effet un manque de connaissances sur l’action des mouvements sectaires auprès des personnes âgées résultent des facteurs suivants:
– difficultés de pénétrer dans la sphère privée pour s’assurer de l’absence de sollicitations de nature sectaire ; en l’absence d’un proche vigilant, les abus dont peuvent être victimes les personnes âgées isolées risquent de passer totalement inaperçus ;
– réticence des victimes à déposer plainte ou à signaler les faits par honte de s’être fait « berner » ;
– la détection des dérives sectaires dont sont victimes les mineurs, malgré un consensus social fort et un arsenal législatif et réglementaire complet pour assurer une protection des personnes considérées comme les plus vulnérables de la population, est déjà délicate ; elle l’est plus encore pour les personnes âgées, qui ne bénéficient pas de la même attention des pouvoirs publics. »
 
Pour être qualifié de secte un groupe constitué doit réunir un certain nombre de critères. Il doit se présenter comme une alternative radicale excluant tout autre forme de choix personnel. Il procède avant tout d’un discours avec sa représentation du monde, ses principes et ses croyances, ses données scientifiques, son éthique. Comme nous l’avons vu dans le cas de Robert, certaines  prescriptions de la secte sont destinées à contrôler les rapports interpersonnels et orienter ce faisant l’adepte vers une cause qu’il s’agira de faire triompher avec le concours actif de tous les autres membres.
Le sujet âgé échappe d’autant moins à ce genre de prosélytisme qu’il est fragilisé par des évènements de vie professionnelle et personnelle.
A l’isolement social suite à une mise à la retraite mal vécue  s’ajoute parfois la perte d’un proche et contribue à rendre certains sujets âgés vulnérables. L’entrée dans un groupe sectaire peut constituer un moyen pour lutter contre un syndrome dépressif. Les sectes repèrent ces moments de fragilité narcissique et proposent une aide qui implique un changement  progressif de mode de vie. Un effet d’identification à des valeurs nouvelles toujours séduisantes va amener la personne à adhérer au discours rassurant et sécurisant d’un groupe qui  se réfère à un gourou ou à un groupe sectaire. Pour ce faire, le groupe sectaire préconise puis prescrit et impose des ruptures de tous ordres: modes de vie antérieures, orientations et relations personnelles, intimes convictions, libre arbitre, capacité de pensée critique, préférences affectives et intellectuelles.

 

Pour aller plus loin, voir « Vieillir en huis clos », José Polard et Patrick Linx, Erès