Qu’est ce que la nostalgie ?

On ne peut manquer d’être frappé de cette sorte de tentation nostalgique qui s’empare de nombre de personnes âgées. La tonalité émotionnelle évolue entre plaisir et souffrance, d’intensité variable. De quel pays rêve t on ainsi quand on est vieux [1]?

Deux versants à l’expression de cette nostalgie ; Pour certains, elle traduit un travail psychique quotidien de se retrouver, d’intégrer du passé au présent, Pour d’autres, elle est l’échec de cet effort, et plutôt évitement ou refus du présent.

La nostalgie fut d’abord définie comme « le mal du pays » ; mot construit, étymologiquement à partir de ses racines grecques : nostos – revenir et algie – douleur. En 1688, Hofer, un médecin suisse désigne ainsi  un syndrome, l’obsession douloureuse de retourner au pays d’origine. Avec l’avènement du Romantisme, changement de sens, la nostalgie désigne un sentiment plutôt qu’une maladie. A partir de cette époque, ce n’est plus seulement l’exil, mais aussi le temps qui passe qui conduit à investir le passé de façon douloureuse. On pense à un exil intime, intérieur.

La nostalgie se traduit par la mémoire d’un passé écoulé et vécu ayant disparu ; tout à la fois, sentiment douloureux avec la notion de perte qui s’y rattache, mais aussi source de plaisir, à travers la satisfaction de pouvoir s’en rappeler. Ce sentiment est ressenti comme ayant un caractère doux et amer à la fois, voir exquis.

Monsieur A, attendait avec délice le temps de la sieste. Il pouvait alors sans retenue retrouver une contrée, l’Indochine, où il avait passé quatre ans, période de vie, à nulle autre pareille. Qu’avait elle donc de si fascinante? Avec le statut extrêmement valorisé qu’avaient les Français, jamais il n’avait touché d’aussi près certains rêves de grandeur de son adolescence. Jamais par la suite, dans sa vie privée ou sa vie professionnelle, il n’avait rencontré une telle considération à son égard. Et c’était bon !

On repère deux types de nostalgie. La nostalgie de la première fois[2], c’est-à-dire d’un évènement qui est aussi un avènement. Il s’agit de la nostalgie d’un moment, d’un instant[3], d’une expérience. Le premier amour est un objet de nostalgie très sollicité ; comme un rappel du premier objet aimé à la naissance ?

Mais on relève aussi la nostalgie de longues périodes de vie passée. « A la recherche du temps perdu » de Proust n’est il pas une œuvre empreinte et construite autour d’une nostalgie ?

Dans les deux situations, toujours ce retour à l’originaire, à l’intensité du plaisir, une quête de l’objet perdu et du temps qui y est lié. L’objet perdu est fortement idéalisé.

Le lien de la nostalgie avec la mémoire est central, d’autant qu’on observe un véritable travail narratif, interne. Le passé n’est pas seulement embelli, mais magnifié, déformé.

La nostalgie comme élément de la vie quotidienne, et particulièrement chez les vieilles personnes est un moyen de conserver des relations d’objets. Il s’agit alors d’une des composantes du sentiment de continuité de soi. La nostalgie est en quelque sorte un tricotage entre un réel présent parfois difficile à intégrer et un passé sublimé, idéalisé. On retrouve dans la vieillesse, cet écart parfois grandissant et angoissant entre une réalité interne et la réalité externe qui amène nombres de personnes âgées, notamment en institution à subir leur vie.

Perdre alors cette capacité de la nostalgie, c’est perdre cette partie de soi et appauvrir la relation aux objets internes.

[1] Hector Jankélévitch : « La nostalgie à l’état pur concerne le temps, mais elle concerne aussi un ailleurs ; il ya 2 choses dans la nostalgie, le jadis et l’ailleurs ;  le jadis , c’est la nostalgie du temps, d’un temps révolu et qui jamais plus ne sera, tout au moins sous la forme où je l’ai vécu, et l’ailleurs c’est une autre nostalgie, plus guérissable, plus facile à soigner par le biais de retour, par l’aller et retour ».

 

[2] Livre 1° fois

[3] Un temps qui se dilate ?