Le travail du trépas

Article extrait de la  2e édition du « Dictionnaire international de la psychanalyse », sous la direction de Alain de Mijolla, ed Pluriel- Fayard 2013

Travail du trépas

« A la veille de leur mort ou dans les heures qui la précèdent, le comportement de certains patients laisse déduire un surprenant élan pulsionnel, une avidité régressive,…qui ferait presque parler d’un embrasement de désir ». Ce moment d’intense activité psychique et d’appétence relationnelle est au service d’un travail psychique, le dernier que Michel de M’Uzan nomme le « travail de trépas. »

Le sujet mourant « tente de ressaisir et assimiler tout ce qui n’a pu l’être dans sa vie pulsionnelle, comme s’il tentait de se mettre complètement au monde avant de disparaitre ». Le plus souvent, une personne est nécessaire ; acceptant d’être l’objet sur lequel se concentre la libido, elle doit être fiable et supporter un certain flou sur son identité pour constituer avec le mourant ce que Michel de M’Uzan nomme sa « dernière dyade » par allusion à la mère. Freud avait déjà souligné dans Le thème des trois coffrets (1913) cette recherche de la mère chez le sujet menacé par la mort.

Pourtant certains sujets se laissent mourir (se désinvestissant d’eux-mêmes) ou demandent qu’on abrège leurs jours (demande d’euthanasie). Michel de M’Uzan pense alors que c’est l’entourage qui a fait défaut, désinvestissant le mourant avant sa mort réelle. Cette compréhension des processus psychiques complexes avant la mort éclaire utilement la clinique des soins palliatifs.

José Polard

Bibliogr. : de M’Uzan Michel. (1983)

De M’Uzan Michel (1983). De l’art à la mort. Itinéraires psychanalytiques, Paris, PUF.