Philosophie des soins palliatifs

Extrait de l’Intervention au colloque à Beyrouth le 10 mai 2014, « Face à la maladie grave et à la mort », organisé par le Cercle d’études psychanalytiques de Beyrouth.
Les Soins palliatifs, une culture de la sollicitude et de la vulnérabilité.
Le plus souvent, c’est après un très long parcours de soins, que le sujet confronté à une maladie grave, en arrive à ce dernier acte de sa vie que nous appelons phase finale, plutôt  nommée phase terminale; selon la définition du mot « terminer », il s’agit de mener à terme,  de finir quelque chose de commencé.
Par phase terminale, on entend cette période de vie qui peut comprendre les derniers mois, ou bien les dernières semaines, les derniers jours, voire simplement les dernières heures d’une existence. Imprécision quant à la durée, mais comment traduire autrement la diversité et les singularités des différentes modalités de fins de vie. Au cours de ces derniers moments, nous observons une intense activité psychique chez le sujet, souvent très changeante, une clinique de l’oscillation avons-nous pu dire ; la réalité insistante de sa mort à venir bousculant souvent ses modalités d’existence en cours.
C’est moins la compassion qu’une rencontre qui est au cœur de l’accompagnement en phase finale. Le travail de trépas s’inscrit dans cette notion de rencontre et sa conséquence logique, la présence.
Les soins palliatifs sont souvent présenté ainsi, «tout ce qu’il reste à faire quand il n’y a plus rien à faire », leur but n’est pas de restaurer la santé mais :
– de soulager le malade par des soins, des traitements symptomatiques et de confort,
– de prendre en compte la complexité de sa souffrance et de celle de ses proches, -de rechercher la meilleure qualité de vie possible jusqu’à la mort et d’accompagner les personnes.
Ils s’adressent à des personnes atteintes de maladie grave dont le pronostic létal est posé à court ou moyen terme. L’espoir de guérison est déçu et les malades l’expriment plus ou moins douloureusement, dans la nécessité de colmater. Il en résulte une énorme déception narcissique que le déni essaie de pallier. Dans le cancer, par exemple, les métastases comme les organes malades sont surinvestis narcissiquement.
Quand la médecine ne peut plus guérir, elle peut encore raisonnablement apporter un réel soulagement des symptômes et assurer une certaine qualité de vie au malade. Celui-ci n’en demeure pas moins inquiet de son avenir, sentant ses forces et ses capacités diminuer. Des malades s’engagent alors dans un travail psychique et/ou spirituel, s’interrogeant sur le sens de leur vie présente, passée et parfois sur l’avenir. Temps des bilans, des relectures, des résolutions de conflits et des réconciliations parfois. Temps de l’achèvement de ce qui a été interrompu, temps d’une dernière créativité, « comme si, souligne M de M’Uzan, le malade tentait de se mettre complètement au monde avant de disparaître. »
L’une des spécificités des soins palliatifs réside, peut-être, dans cette attention portée à la possibilité qu’ont les malades, pour certains, d’aller vers eux-même, alors que leur vie s’achève.