Vieillir et le temps

De la naissance jusqu’à sa mort, tout être humain est confronté à la question du temps dans son rapport au monde, aux autres et à lui-même. Appréhender le changement et ses effets, se situer par rapport à une origine, s’inscrire dans une durée, modifier ce qui s’est passé ou anticiper ce qui pourrait advenir, telles sont quelques unes des questions fondamentales qui nous accompagnent durant notre existence.

Ces rapports au temps se construisent, au fur et à mesure que l’enfant, l’adolescent, puis l’adulte se développent ; ils se superposent tout au long d’une vie et font retour chez le sujet vieillissant.

Nous voudrions évoquer les multiples temporalités qui jalonnent la vie d’un  individu et plus particulièrement quand il entre dans l’âge du vieillir et jusqu’à sa fin de vie. A partir du « milieu de vie », les premières défaillances corporelles s’imposent comme des indices irréfutables d’une entrée dans un temps qui a une fin, ce qui n’est pas sans contrecoup nostalgique.Chaque sujet âgé oscille, dans un va et vient, entre passé, présent, futur et s’inscrit dans une histoire singulière.

Cette historicisation du sujet vieillissant nécessite d’autant plus notre attention que la disqualification de cette période de vie en est à un tel degré sur le plan sociétal que la transmission, question clé de cet âge avancé, en devient problématique. Sans histoire, qu’y a-t-il à transmettre ?

Par ailleurs, l’entrée en institution gériatrique pour être utile et bénéfique n’aura de sens que si elle inscrit cette nouvelle étape dans le cours d’une existence, ce qui est loin d’être une pratique suffisamment généralisée. Enfin, sous la double menace du primat de l’économie et de l’évaluation, on observe certaines dérives actuelles de prise en charge gérontologiques qui tendent à réduire une vieille personne à ses comportements.

Une vie, c’est une histoire, un récit, produit de notre activité psychique. Un récit qui à certains passages de l’existence, difficiles et déstabilisants, ou en crise, sera autant un ancrage dans le passé qu’une base de projection dans un devenir.

Nous nous intéressons à ces processus mentaux qui vont du travail de la mémoire à l’édification d’une légende, processus sollicités dans les ateliers d’autobiographie, les recherches généalogiques, autant de pratiques sociales et psychologiques qui se sont considérablement développés en gérontologie. Que traduisent-elles des enjeux de ces sujets âgés ? Comment la psychothérapie avec une personne âgée vise souvent à redonner un sentiment de continuité mais aussi un sens à son existence?

Une première fois… Une autre fois… Une dernière fois…N’allez pas croire que vieillir, c’est cesser de vivre, d’expérimenter et de découvrir !