L’attente, le temps qui ne passe pas

Constat d’une position durablement d’attente, d’une suspension, comme hors temps, chez certaines personnes âgées. Pour C.Olivenstein,  « s’organise un vécu spécifique, qui est l’attente, rien que l’attente, tout dans l’attente. »

C’est un fait social, comme une donnée clinique : l’attente est une caractéristique du vieillir pour un nombre important de personnes âgées. Car la vieillesse dispose de beaucoup de temps, et là, comme ailleurs, l’inégalité entre humains règne. Ce fameux art de vieillir, cette sagesse[1], c’est certes une manière de faire avec les renoncements, mais aussi avec ce temps à sa disposition. A l’extrême de leur vie, n’en pouvant plus de cette attente, quelques uns même trouvent cette vie insensée et demandent à ce qu’on l’abrège.

Est ce depuis la mort du conjoint, le départ des enfants ? En rapport avec l’absence d’un but ?

Madame G, attend sa fille tous les après midi ; tout semble s’organiser autour de cette visite et la dernière heure avant sa venue, elle tourne en rond dans le salon, ne pouvant tenir en place. La fille est toujours à l’heure, au point que pour sa voisine, qui reçoit peu de visites et de manière irrégulière, elle est devenue un repère et l’occasion de salutations cordiales. La semaine dernière, la fille n’est pas venue, en raison d’une intervention chirurgicale qu’elle a subie.

L’équipe fut alertée par un état d’angoisse croissant et ce n’est qu’à l’entretien avec cette résidente qu’un lien pu être fait avec l’absence momentanée de la visiteuse de sa voisine. Cette modalité du temps suspendu entre en conflit majeur avec le temps des autres ; accentuant le sentiment de décrochage et de ne plus comprendre le monde.

Mais à l’inverse de la nostalgie, qui est retrouvailles douces amères avec un temps, un objet passé, cette attente est passive, vécue sur le mode de l’impuissance, douloureuse. Souvent pénible, le temps présent s’éternise.

Tic-tac, tic-tac, vous souvenez vous de ces visites ritualisées chez vos grands parents, jadis, avec ces horloges imposantes. A certains moments, quand les conversations s’arrêtent, qu’entend- on ?

Tic-tac, ce rythme qui paraissait combler un vide, inexorablement…monotone. Tic-tac, temps d’ennui, de solitude, les pensées qui s’échappent et se perdent, sans aucune orientation.

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