Petits arrangements dans le couple avec le temps de l’autre

7Il est certain que le cap de la retraite pour l’un comme pour l’autre est une nouvelle étape essentielle de l’aventure de leur vie commune. Un nombre croissant de couples souhaitent un travail psychothérapique à deux, au moment du passage à la retraite, renseignant ainsi sur les difficultés rencontrées et la nécessité d’une réflexion, et de remaniements.

La plupart du temps, passé le temps nécessaire pour ce travail psychique à deux ou séparément[1], et avec le concours de petits arrangements entre conjoints, s’ouvrent pour eux une nouvelle séquence de vie.

A condition d’éviter certains écueils.

La maison et le risque de repli sur le domestique au moment de la « retraite » sont au cœur des enjeux de genre et des tensions temporelles dans le couple conjugal avec le risque de rôles figés[2]. Certains sujets âgés expriment « en des termes évocateurs de l’aliénation et de la frayeur à l’idée du temps disponible, soudain  vidé  de sa pertinence et du sens qu’il avait pour elle, ce temps qu’il faut maintenant «meubler  et épuiser »[3].

Que le décalage entre les rapports au temps de chacun soit actuel, consécutif à cette crise du couple, on bien ancien, datant des premiers temps du couple, il n’a pas toujours été source de tiraillements, la retraite l’a exacerbé et  mis au premier plan. Le pacte inconscient du couple est (ré)interrogé.

L’évolution caractérielle d’un des conjoints ou une véritable situation de huis clos relève plus de la conjugopathie. La relation d’emprise de l’un aboutit à un contrôle de l’emploi du temps de l’autre.

L’un, maitre du temps, phagocyte le temps de l’autre.

Monsieur A ne cesse de crier, houspiller après sa femme, au point que la coordinatrice du maintien à domicile leur propose des entretiens conjugaux à domicile. Monsieur, longtemps réticent, accepte. Une alliance véritable s’est progressivement installée entre eux depuis la fracture de Madame qui l’a considérablement fragilisée. Monsieur, dont la raideur obsessionnelle lui tient lieu de caractère affirmé, « régimente » l’organisation de vie conjugale, calmant ainsi chez sa femme une anxiété chronique et des craintes d’anticipation envahissantes.

[1] Et il n’est pas besoin pour la plupart de consulter un psy !

[2] « Parmi les femmes qui vivent depuis plusieurs décennies en couple, certaines retombent soudain dans le schéma, qu’elles ont combattu dans leur jeunesse et dont elles se sont démarquées pendant des années, de la femme au foyer dont on attend qu’elle garnisse la table à heure fixe et qu’elle accomplisse les autres tâches ménagères aux jours dits. Ce qui leur permettait de s’y soustraire ou d’accommoder et de bricoler chacune à sa façon ces « obligations » – les enfants, le métier, etc. – est balayé, et les attentes traditionnelles à leur égard se remettent en place comme si rien n’avait changé dans leur condition de femme. ».  P. Serfaty-Garzon, Temporalités intimes : le chez-soi de la vieillesse, Enfances, Familles, Générations, no 13, 2010, p. 36 -58

 

[3] P.Serfaty-Gazon, ibid